Empreinte digitale Patrice Favaro

Publié le 14 Janvier 2016

Empreinte digitale Patrice Favaro

Tout commence à Paris, par un coup de fil reçu sur le téléphone portable de Ramzi, dans le bar de quartier qu’il aime à fréquenter : le George O’. Tout se termine dans les ruines de la capitale, où le George O’ n’est plus qu’un lointain souvenir dans l’esprit de « Loup gris ». Quatre époques. Quatre récits qui voient la chute du monde qui a transformé Ramzi en « Loup gris », un paria, un rebelle. Un monde, notre monde, chaque jour plus connecté qui se laisse déborder par les cyber outils qu’il génère pour se protéger de ses propres démons. Drones, cyborgs, mémoire virtuelle globale… On aimerait pouvoir se rassurer en classant ce recueil de nouvelles dans la catégorie « Science-fiction ». Mais cet ouvrage, aussi passionnant qu’inquiétant, n’est-il pas placé sous l’égide du visionnaire George O’… RWELL ? On vous aura prévenus !

Empreinte digitale Patrice Favaro

Si régulièrement vous avez sur votre table de chevet 1984 de Georges Orwell, foncez sur empreinte digitale !
Drones, cyborgs, mémoire virtuelle globale...dans quelques années comment seront ils intégrés dans notre quotidien ?
Ces quatre nouvelles, comme quatre coup de poing, vous invitent à une lecture captivante, hallucinante...et donne à observer les évolutions de notre société avec un regard critique.

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Juste en bas de chez moi, le George O’ était bondé, comme toujours à l’heure de l’apéro : des employés de bureau du quartier qui avaient fini leur journée, quelques piliers de comptoir déjà bien imbibés et des étudiants fauchés, tout comme moi, qui fréquentaient l’endroit rapport aux prix low cost pratiqués par George, le patron.
Mon portable qui sonne. Numéro masqué.
— Allo, vous êtes bien Ramzi Altantakra ?
Une femme avec un accent des pays du Nord. Forcément, j’ai aussitôt imaginé une BNB : Blonde Nordic Beauty. Ce genre de cliché a la vie dure, surtout chez quelqu’un comme moi.
La voix a répété :
— Vous êtes bien Ramzi Alkantara ?
Cette fois, elle avait prononcé mon nom sans l’écorcher, sur un ton qui m’a encore plus troublé.
— Euh... oui, c’est moi, oui.
— Je m’appelle Natacha Spindelvev, je travaille pour l’I.R.S.O.T.
Ça blaguait pas mal autour du comptoir, j’avais du mal à comprendre ce qu’elle disait, je lui ai demandé :
— Vous travaillez pour qui ?
— L’Institut de Recherche pour la Sécurité opérationnelle des Transports, à la Défense.
J’ai poussé un soupir de déception : démarchage téléphonique. La plaie ! Elle allait essayer de me fourguer un truc dans le genre « accessoire révolutionnaire pour éviter les vols à la tire dans les transports en commun » ou bien « une super offre à prix cassé pour une assurance voyage avec rapatriement médical et frais d’obsèques inclus. »
— Ne vous fatiguez pas ! Le quartier de la Défense : la ficelle est trop grosse. Votre centre d’appel se trouve à Marrakech, Bangalore ou Bucarest, pas vrai ?
— Vous faites erreur : il s’agit du ministère, pas du quartier.
J’ai accusé le coup et me suis mis à imaginer désespérément ce que le ministère de la Défense pouvait bien me vouloir.
La fille a continué :
— Vous avez emprunté le métro ce matin à 8 h 45, ligne 13, station Pernéty. Avec un retour ce soir, même station, à 17 h 53, n’est-ce pas ?
C’était bien le cas. Je m’étais rendu comme d’habitude à la fac, mais je ne voyais pas pourquoi elle me questionnait là-dessus.
Au comptoir, le ton avait monté d’un cran, quelqu’un venait d’avoir la mauvaise idée d’amorcer une discussion sur les dernières contre-performances du PSG.
— Un moment, je cherche un endroit plus calme pour vous parler.
Je suis sorti dans la rue. J’étais seul, il faisait un froid de loup. Aucun fumeur pour battre le pavé devant le George O’. Ils se tenaient à l’intérieur, le nez collé à la vitre embuée du bar, triturant nerveusement leur paquet de cigarettes en attendant une brusque et miraculeuse remontée de la température.
Une fois dehors, j’ai repris :
— Je suis sûr que mon abonnement est en règle.
Un rire cristallin à mon oreille.
— Oui, oui, pas de souci ! Détendez-vous, monsieur Alkantara.
Elle se foutait de moi.
— Il s’agit de toute autre chose. Nous vérifions simplement que le système de reconnaissance faciale de nos caméras est bien optimisé sur cette station.

Rédigé par Frederique Letilleul

Publié dans #Littérature jeunesse, #Coup de coeur, #Numérique

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