Halte, on ne passe pas ! Bernardo Carvalho, Isabel Minho Martins

Publié le 6 Janvier 2016

Halte, on ne passe pas ! Bernardo Carvalho, Isabel Minho Martins

Un livre est un monde dans le monde. Pour passer de l’un à l’autre, on traverse une frontière invisible. Mais dans le livre lui-même, il y a d’autres frontières, par exemple celle qui sépare la page de gauche de la page de droite, rendue visible par le pli de la reliure. Ainsi le livre est-il un objet idéal pour dire quelque chose sur les notions de frontière, de passage, de pouvoir, de liberté de circulation et bien sûr… de pensée. En l’occurrence, Isabel Minhos Martins et Bernardo P. Carvalho utilisent les caractéristiques physiques du livre pour traiter de façon magistrale cette problématique à partir d’une idée très simple et d’une grande efficacité: ils mettent en scène un général du genre dictateur qui décide d’interdire à quiconque de passer de la page de gauche à la page de droite. Pour cela, il place un milicien à la frontière, c’est-à-dire au niveau de la reliure. Soucieux d’appliquer la consigne « à la lettre », celui-ci interdit strictement le franchissement de la ligne de démarcation. Conséquence : peu à peu les passants (au sens fort du terme) s’accumulent sur la page de gauche, tandis que celle de droite reste absolument vierge. « Absolument », oui, à l’image de ce pouvoir absolu qui dicte sa volonté de façon arbitraire. Et l’absurdité d’une telle décision, grâce au dispositif graphique, saute littéralement aux yeux de n’importe quel lecteur. Mais que va-t-il se passer à partir du moment où des enfants qui jouent sur la page de gauche vont lancer leur ballon par mégarde dans la zone blanche de la page de droite? Serait-ce le début de la révolution?...

Halte, on ne passe pas ! Bernardo Carvalho, Isabel Minho Martins

Un joli conte politique pour enfants, au graphisme réalisé au feutre et très coloré. L'album traite de l’absurdité d’une décision arbitraire et dénonce avec beaucoup de finesse et d'humour le totalitarispe. Page après page, les personnages de superposent dans un joyeux capharnaüm, c’est la vie, et de l’autre côté, le blanc, le rien. Une manière très visuelle d'illustrer et d'amener l'enfant à construire sa propre réflexion.

Halte, on ne passe pas ! Bernardo Carvalho, Isabel Minho Martins

Rédigé par Frederique Letilleul

Publié dans #Littérature jeunesse, #Coup de coeur, #Albums jeunesse, #Graphisme

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